Accouchements à domicile

Janvier 2020, Naissance de Owen à la maison, France

« Mardi 21 janvier. En me réveillant, je pense à cette belle journée que nous allons passer Guillaume et moi en attendant notre bébé. Une fois Délia à l’école, on ira faire quelques courses, acheter de la déco pour le salon, continuer de ranger la maison. On pourra peut-être se promener, il fait beau. Bébé bouge vraiment moins, peut-être qu’il va naître cette semaine?? Je le sens bien comme ça, oui, avant dimanche. Le 22 ce serait parfait parce que c’est mon nombre fétiche depuis toujours. Après le repas de midi, je fais une sieste et Guillaume regarde une série. Il me réveille de ma sieste… et on fait l’amour en se disant que c’est peut-être la dernière fois de la grossesse. J’ai des contractions un peu violentes après mais ça se calme vite, comme d’habitude. On décide de faire une folie cuisinière ; on a plein de trucs au frigo, il est 16h et Délia ne rentre de chez son papa qu’à 19h.

Pendant 3h on fait la cuisine tous les deux en écoutant de la musique, lui met du reggae et moi de la musique classique. On se retrouve avec une fondue de poireaux, des légumes d’hivers poêlés au four, des patates douces, un émincé de poulet aux fruits secs et au miel, une poêlée de champignons à l’ail, bref tout est un régal, on est trop fiers. Je me dis que c’est marrant comme ça nous a pris, comme si on avait besoin d’avoir des bons plats prêts pour les jours à venir. Vers 18h, mes contractions reprennent. Du pré-travail comme j’en ai régulièrement. Elles travaillent bien bas ces contractions, je me dis. Des fois je dois m’arrêter et m’appuyer sur le plan de travail pour souffler. Après le repas, à 20h, je sors marcher dans la nuit étoilée. On voit toutes les constellations, c’est magnifique. Je suis presque sûre d’être en travail. Je caresse mon ventre et parle à mon bébé, je lui dis que j’ai hâte de le rencontrer et de le tenir dans mes bras. Quand je rentre, je finis le coucher de Délia. A 21h, elle dort et mes contractions se sont arrêtées.

Je vais au lit vers 22h, en étant très en paix avec la situation : si les contractions doivent reprendre, elles reprendront. Sinon, ce sera pour un autre jour… Mercredi 22 janvier. Je suis réveillée par une contraction de brute. Longue, douloureuse. Je reconnais tout de suite que c’est une contraction de vrai travail. Mais je veux voir si j’en ai quelques autres avant de réveiller Guillaume. Il est 3h20. En 10 minutes, j’ai deux autres contractions, très longues, très fortes, la douleur me jette déjà. Je réveille Guillaume et lui dis qu’on doit descendre tout préparer maintenant parce que ça va vite. On descend, il prépare, il sait ce qu’il a à faire. Il appelle le papa de Délia et mon amie infirmière. Pendant ce temps là, je ne peux déjà plus chronométrer mes contractions. Je suis obligée de trouver des positions antalgiques pendant les contractions, déjà régulières et intenses. A quatre pattes, assise sur le ballon, à genoux contre le ballon, debout. J’essaie tout, je marche, toujours en mouvement, je ne peux pas m’arrêter. Ça coule entre mes jambes, je vais aux toilettes faire pipi, j’essuie des sécrétions roses. Puis plus rouges quelques minutes plus tard. Putain, ca veut dire que ca va vite. Le col travaille fort. Je vais à la selle et je vidange à fond ! Les contractions deviennent vraiment dures à gérer. Je n’arrive pas à respirer comme dans mes techniques d’autohypnose, c’est trop violent. Je crie. Je dis à Guillaume de rappeler Flo pour qu’il vienne chercher Délia. Elle dort mais j’ai trop peur qu’elle se réveille et m’entende.

Flo arrive 10 min plus tard, je suis à poil dans le salon en train de vocaliser à genoux sur mon ballon. Bon, après tout c’est mon ex mari et il m’a déjà vu accoucher… Une fois qu’il est parti, je me lâche complètement. Pendant les contractions, je danse, je marche, je chante, je crie. J’essaie de ne pas devenir folle. Je me dis que je n’y arriverai jamais. La seule pensée qui me sauve, c’est que ca va vite. Je sais que ca ne pourra pas durer des heures. Mon amie Laurine arrive, je danse nue dans la cuisine. Je vocalise et crie, je ne sais plus dans quelles positions le mettre ni dans quelle pièce je suis. Je demande à Guillaume de me masser, mais dès qu’il me touche je hurle « nooon me touche pas! » Désespérée, je demande à Laurine de me faire couler un bain. J’essaie de toutes mes forces la respiration HypnoNaissance que j’ai apprise. Une fois le ventre entièrement dans l’eau chaude, je me sens tellement mieux. Je gère 3 ou 4 contractions sans un bruit, juste en soufflant. Je sens que ça travaille tout en bas. Et d’un coup j’hurle et je pousse. Pourquoi je pousse ?? Une autre contraction tout de suite et ca pousse encore. Je crie à Laurine « j’y arriverai pas, ça va trop vite! Je suis pas assez dilatée mais ça pousse! » Je panique. C’est la phase de désespérance. Je le sais car je touche ma vulve et là je sens le sommet d’une tête et des cheveux. Je comprends que je n’ai plus qu’à suivre le mouvement. Je l’appelle « allez viens bébé. Viens Owen.»

En deux respirations HypnoNaissance, la tête sort. Je sens le cercle de feu. Je touche toujours la tête de mon bébé, sous l’eau. Je le sens faire sa rotation. J’essaie de pousser pour sortir les épaules, mais je ne suis plus bien à 4 pattes, je me tourne dans le bain mais je suis trop mal, et je me demande comment j’ai pu accoucher de Délia là dedans. D’un coup, je dis à Laurine « faut que je sorte ». Je protège la tête du bébé avec mes mains et j’enjambe la baignoire. Une contraction arrive, je me mets debout en position squat, semi-accroupie, et une des épaules sort sur la poussée, je l’encourage « allez viens mon bébé ! », le corps sort doucement et je l’attrape entre mes jambes, la poche des eaux explose entre mes mains sur mon tapis de sortie de bain. Laurine hallucine, elle court appeler Guillaume qui était parti fumer une clope. Je sers mon bébé contre moi, il est parfait, il pleurniche un petit peu et se niche contre moi. Guillaume arrive et pleure « mon bébé d’amour, mon chéri » je lui dis il est là, j’ai réussi, on a réussi. On va s’installer devant le feu sur un matelas dans le salon. Il est 5h23. C’est Laurine qui clampe le cordon une fois qu’il a fini de battre. Guillaume le coupe. Je mets Owen au sein, il tète bien. J’expulse le placenta une heure après la naissance, gros soulagement. Je ne saigne presque pas. Je n’ai pas de déchirure. Je vais prendre une douche, je me sens bien. On admire notre merveille et on essaie d’atterrir… »

Morgane

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